lundi 22 janvier 2007

ARTICLE DE LA PROVENCE DU 20 JANVIER 2007



ARTICLE SIGNE DELPHINE TANGUY


Si ce n'était la Méditerranée sous ses fenêtres, Dominique Tian en déménagerait peut-être : c'est que le "nouveau Rouet aura tout pour lui, à part la vue sur la mer" s'enthousiasme le députémaire de secteur. A 5 mn du centre-ville et deux pas du parc du 27ème centenaire, parfaitement desservi (bus, métro, accès facilité à l'A50 par le futur tunnel Rège) doté de nouveaux équipements (école "haute qualité environnementale", parking), le quartier est en plein boom.

Certes, le temps où "les gens faisaient la queue devant un panneau de programme immobilier" (André Maltrait, conseiller d'arrondissement) semble révolu, mais 180 des 450 premiers appartements proposés sur la ZAC ont déjà été commercialisés. "En quatre mois, c'est remarquable", estime Charles Boumendil, le directeur de Marseille Aménagement. Selon Dominique Tian, "on est entrés dans la phase visible" de la restructuration de cet ancien quartier ouvrier traversé de friches industrielles. "On construit un espace cohérent pour des gens qui ne veulent pas se loger trop cher", note le maire de secteur. A 3.800euros le m² en moyenne (2500 euros en prix maîtrisé), les cadres sont le coeur de cible du Rouet nouveau.

En attendant l'arrivée de cette nouvelle population, la réhabilitation suscite aussi son lot d'angoisses. "Le traitement de l'humain n'a pas toujours été simple", reconnaît le maire de secteur. L'association Le Rouet à Coeur Ouvert avait notamment alerté l'opinion sur le sort des vieux travailleurs immigrés (Chibanis), nombreux ici ; quelques-uns vivent encore sur l'Ilôt Rège.

Pour sa part, Louis, l'ancien "facteur du Rouet" qui habite pour quelques mois encore dans cette rue Alcazar qui l'a vu naître il y a 86 ans, regrette son "petit village avec les chaises tirées devant la porte". Il espère un relogement tout près, à l'été, mais se "méfie, à force". Pas loin, rue Borde, Gisèle 81 ans, soupire : "Ils m'ont collé 7 étages devant mes fenêtres! le matin je me contorsionne pour pas que les ouvriers d'en face me voient!". Joseph et Henri (72 et 87 ans) portent un peu le même regard sur leur quartier : "ça va être plus beau, c'est sûr. Mais c'est pas pour autant que les gens vivront bien ensemble".


EXTRAITS DE L'INTERVIEW DE CHARLES BOUMENDIL (Directeur de Marseille Aménagement)

"Quatre mois après l'ouverture des cinq premiers bureaux de vente, 40% des programmes ont été commercialisés, soit environ 450 logements (+les 62 de la Régionale de l'habitat, réservés aux relogements) [...]
Nous avons encore une quarantaine de relogements à effectuer.
D'abord en juin, le tunnel Rège (sera terminé). La rue Rège sera élargie dans le prolongement de Turcat-Méry.
Une voirie nouvelle sera créée (notamment en prolongement de la rue Renzo), les travaux de l'école et du parking de 250 places lancés, deux immeubles seront achevés.
D'ici 2010, 1000 logements auront été livrés..."



LE TEMOIGNAGE DE SALEM M'KAHEL (CHIBANI DU ROUET)

Ce qui les fait "tenir debout", ça a toujours été "la solidarité". Alors le malheur qui touche Mohammed ricoche sur eux, ses voisins : ancien ouvrier du bâtiment, tout comme eux, c'est le père de Philippe Ramondi, l'une des victimes du Terrible accident d'hélicoptère survenu à Port-Saint-Louis. Ce père "détruit de chagrin" est rentré en Tunisie enterrer son fils. En son absence, ses voisins d'infortune veillent sur la chambre où il vit depuis plus de 20 ans, à l'angle des rues Rège et du Rouet.

La Tunisie, c'est aussi de là que vient Salem M'Kahel, 65 ans. A Sousse, il a une femme, une maison, cinq petits : "Je ne les ai pas vus grandir", regrette-t-il. Salem est arrivé à Marseille il y a 27 ans, pour construire les villas de Plan-de-Cuques et d'Allauch. Il vit depuis presque aussi longtemps dans l'une des mauvaises cahutes du Rouet, 5m² peut-être, loués 100 euros à un marchand de sommeil qui a revendu l'ensemble, "soit disant vide" à Marseille-Aménagement. Depuis, les habitants de la cour sont dans l'expectative : "On a entendu beaucoup de choses", murmure Salem, la Ville doit les reloger place de Pologne, avant l'été. En attendant, Salem suit son dossier de près, n'hésite pas à interpeller l'adjointe au logement, Danielle Servant, sa "voisine du Prado". Rentrer au pays? Impossible : ce serait aussi perdre les 600 euros qui le font vivre, "pas bien, mais vivre". Et élever, de l'autre côté de la mer, les cinq enfants qui ont poussé loin de lui.

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