mercredi 23 novembre 2005

HISTOIRE DU ROUET : LA FOURRIERE DES CHIENS



D'après M. Jean Del Ghingaro
"le Rouet, un long chemin avec mon quartier" publié au Comité du Vieux Marseille


Notre quartier a eu le malencontreux désavantage d'abriter pendant de très nombreuses années la fourrière des chiens. Elle y fut installée en 1898 ; en 1895 existait déjà sur son emplacement une entreprise d'équarissage ; celle-ci cessa son activité en 1932. Les locaux se trouvaient à l'angle de la rue du Rouet et de la rue St Adrien. En 1890, la municipalité avait installé la fourrière des chiens à Menpenti où elle fonctionna quelques années ; les habitants de ce quartier, déjà fort peuplé, réclamèrent par pétition et réclamations indignées son déplacement, ce qui fut fait à notre détriment.

Périodiquement, pour obéir aux arrêtés municipaux, les chiapacants ou si vous préférez, les captureurs de chiens, faisaient une tournée dans le quartier, passant par toutes les rues afin de capturer les chiens par surprise. Ils se servaient pour celà d'un manche du fouet au bout duquel était solidement fixé un noeud coulant ; ce noeud coulant était passé rapidement au cou des chiens en vagabondage qui, aux trois quarts étranglés, n'offraient plus qu'une faible résistance.

Une charrette cahotante équipée spécialement de cages plus ou moins grandes, recevait provisoirement ces pauvres bêtes affolées, un vieux cheval patient et lent traînait avec philosophie ce char du malheur. Lorsque les cages étaient pleines, ce qui ne tardait pas, on ralliait au plus vite la fourrière et l'on déchargeait avec force aboiements et gémissements la cargaison lamentable de ces pauvres animaux.

Les chiapacants, qui étaient payés à la pièce, satisfaits de leur travail, allaient se rafraîchir au bistrot le plus proche ; quant aux chiens, ils attendaient avec désespoir que leurs maîtres viennent les réclamer en payant, bien entendu, une contravention qui s'élevait au prix d'une journée de travail. Cette attente était souvent vaine, car les travailleurs n'avaient pas plus qu'aujourd'hui de grandes possibilités. Avec regret, parfois avec beaucoup de peine, certains étaient obligés d'abandonner leur compagnon à son triste sort. En effet, trois jours après la capture, si le chien n'était pas réclamé, il était livré à l'abattage.

C'est l'action rigoureuse et tenace du CIQ (Comité d'Intérêt de Quartier) du quartier, dont le siège se tenait dans la rue du Rouet, au bar restaurant Véran, qui fut à l'origine de la disparition des deux entreprises. La fourrière des chiens émigra à Saint-Louis

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